Chère Madame Odette,
Si les mots avaient le pouvoir de traverser le silence de l'éternité, c'est vers vous qu'ils prendraient leur envol aujourd'hui. J'aurais tant aimé m'asseoir à vos côtés, écouter vos histoires, entendre votre voix parler d'Haïti avec cette tendresse qui ne s'est jamais éteinte. J'aurais simplement voulu vous dire merci.
Merci d'avoir aimé ce pays alors qu'il vous donnait parfois plus de blessures que de raisons de sourire. Merci d'avoir semé l'espérance dans le cœur des jeunes, comme une jardinière plante des arbres sans chercher à s'abriter lui-même sous leur ombre. Vous avez consacré votre vie à transmettre le savoir, mais surtout à rappeler que le plus grand devoir d'un citoyen est d'aimer sa nation.
Depuis votre départ, Haïti ressemble à une maison qui a perdu l'une de ses dernières lampes. La lumière existe encore, mais elle vacille. Les rues qui résonnaient autrefois des rires des enfants sont aujourd'hui étouffées par le bruit des armes. La peur s'invite dans les foyers, les écoles ferment leurs portes, les familles pleurent leurs proches et beaucoup de jeunes regardent l'horizon avec une seule idée : partir, parce qu'ils ne voient plus d'avenir sur cette terre qui les a vus naître.
Parfois, j'ai l'impression que notre pays est devenu un arbre immense dont les racines souffrent en silence. Ses branches portent encore le nom d'Haïti, mais ses feuilles tombent une à une sous le vent de la violence, de la misère et du découragement. Pourtant, au milieu de cette tempête, votre souvenir demeure comme une racine qui refuse de mourir.
Je crois que si vous pouviez nous parler aujourd'hui, vous ne choisiriez pas les mots de la colère. Vous nous rappelleriez que l'amour d'un pays ne se mesure pas lorsque tout va bien, mais lorsqu'on décide de le servir malgré les épreuves. Vous nous inviteriez encore à nous tendre la main, à reconstruire le vivre-ensemble et à comprendre qu'aucune nation ne peut renaître si ses enfants cessent de croire en elle.
Madame Odette, je suis né dans une Haïti que vous rêviez meilleure. Je n'ai pas connu toutes les époques que vous avez traversées, mais je connais la douleur de voir mon peuple souffrir. Je connais les regards remplis d'inquiétude, les rêves interrompus, les promesses oubliées. Malgré cela, je refuse de croire que tout est perdu. Parce que des femmes comme vous ont prouvé qu'un seul cœur rempli d'amour peut éclairer tout un peuple.
Vous êtes partie, mais votre héritage continue de respirer dans chaque livre que l'on ouvre, dans chaque élève qui apprend à aimer son pays, dans chaque citoyen qui choisit l'honnêteté plutôt que la facilité. Les grandes personnes ne disparaissent jamais vraiment ; elles deviennent des étoiles. On ne peut plus les toucher, mais elles continuent d'éclairer notre route.
Je fais le vœu qu'un jour Haïti retrouve le goût de la paix, le respect de la vie et la beauté de la solidarité. Ce jour-là, je suis certain que votre sourire fleurira dans le cœur de tout un peuple. Et nous pourrons enfin dire que les graines que vous avez semées ont donné les fruits que vous attendiez.
Reposez en paix, chère Madame Odette. Votre voix s'est tue, mais votre amour pour Haïti continue de parler à travers nous. Je souhaite que ma génération trouve la force de poursuivre le chemin que vous avez commencé, afin qu'un jour notre chère Haïti redevienne un pays dont nous pourrons tous être fiers. Tant qu'il restera des jeunes prêts à croire en ce pays, votre rêve ne mourra jamais.