Les textes des dix finalistes

FORF-2026-006

Chère Madame Odette,

Si les mots avaient le pouvoir de traverser le silence de l'éternité, c'est vers vous qu'ils prendraient leur envol aujourd'hui. J'aurais tant aimé m'asseoir à vos côtés, écouter vos histoires, entendre votre voix parler d'Haïti avec cette tendresse qui ne s'est jamais éteinte. J'aurais simplement voulu vous dire merci.

Merci d'avoir aimé ce pays alors qu'il vous donnait parfois plus de blessures que de raisons de sourire. Merci d'avoir semé l'espérance dans le cœur des jeunes, comme une jardinière plante des arbres sans chercher à s'abriter lui-même sous leur ombre. Vous avez consacré votre vie à transmettre le savoir, mais surtout à rappeler que le plus grand devoir d'un citoyen est d'aimer sa nation.

Depuis votre départ, Haïti ressemble à une maison qui a perdu l'une de ses dernières lampes. La lumière existe encore, mais elle vacille. Les rues qui résonnaient autrefois des rires des enfants sont aujourd'hui étouffées par le bruit des armes. La peur s'invite dans les foyers, les écoles ferment leurs portes, les familles pleurent leurs proches et beaucoup de jeunes regardent l'horizon avec une seule idée : partir, parce qu'ils ne voient plus d'avenir sur cette terre qui les a vus naître.

Parfois, j'ai l'impression que notre pays est devenu un arbre immense dont les racines souffrent en silence. Ses branches portent encore le nom d'Haïti, mais ses feuilles tombent une à une sous le vent de la violence, de la misère et du découragement. Pourtant, au milieu de cette tempête, votre souvenir demeure comme une racine qui refuse de mourir.

Je crois que si vous pouviez nous parler aujourd'hui, vous ne choisiriez pas les mots de la colère. Vous nous rappelleriez que l'amour d'un pays ne se mesure pas lorsque tout va bien, mais lorsqu'on décide de le servir malgré les épreuves. Vous nous inviteriez encore à nous tendre la main, à reconstruire le vivre-ensemble et à comprendre qu'aucune nation ne peut renaître si ses enfants cessent de croire en elle.

Madame Odette, je suis né dans une Haïti que vous rêviez meilleure. Je n'ai pas connu toutes les époques que vous avez traversées, mais je connais la douleur de voir mon peuple souffrir. Je connais les regards remplis d'inquiétude, les rêves interrompus, les promesses oubliées. Malgré cela, je refuse de croire que tout est perdu. Parce que des femmes comme vous ont prouvé qu'un seul cœur rempli d'amour peut éclairer tout un peuple.

Vous êtes partie, mais votre héritage continue de respirer dans chaque livre que l'on ouvre, dans chaque élève qui apprend à aimer son pays, dans chaque citoyen qui choisit l'honnêteté plutôt que la facilité. Les grandes personnes ne disparaissent jamais vraiment ; elles deviennent des étoiles. On ne peut plus les toucher, mais elles continuent d'éclairer notre route.

Je fais le vœu qu'un jour Haïti retrouve le goût de la paix, le respect de la vie et la beauté de la solidarité. Ce jour-là, je suis certain que votre sourire fleurira dans le cœur de tout un peuple. Et nous pourrons enfin dire que les graines que vous avez semées ont donné les fruits que vous attendiez.

Reposez en paix, chère Madame Odette. Votre voix s'est tue, mais votre amour pour Haïti continue de parler à travers nous. Je souhaite que ma génération trouve la force de poursuivre le chemin que vous avez commencé, afin qu'un jour notre chère Haïti redevienne un pays dont nous pourrons tous être fiers. Tant qu'il restera des jeunes prêts à croire en ce pays, votre rêve ne mourra jamais.

FORF-2026-030

Une voix dans le chœur du Konbit : lettre à Odette Roy Fombrun

Chère Madame Odette Roy Fombrun,

Si le temps me donnait le privilège de m’asseoir quelques instants à vos côtés, je ne vous parlerais ni comme à une figure historique ni comme à un nom inscrit aux ouvrages. Je vous parlerais comme à une femme qui a consacré sa vie à croire en Haïti malgré les épreuves. Je commencerais par vous remercier pour votre engagement envers l’éducation, le civisme, la paix. Je me demande ce que vous penseriez du pays et quels conseils vous donneriez à ma génération.

Je suis d’une jeunesse qui grandit dans un pays de défis. Entre les promesses d’Haïti riche de son histoire et les difficultés du présent, beaucoup de jeunes doutent. Pourtant, derrière les crises, je vois aussi une autre Haïti : celle des parents qui se sacrifient pour l’éducation de leurs enfants, des jeunes qui continuent d’étudier malgré les obstacles, de ceux qui refusent de renoncer à leurs rêves.

À mes 19 ans, j’avais terminé mes études classiques avec beaucoup d’efforts, d’excellents résultats académiques, croyant que cela me permettrait de poursuivre mes études universitaires grâce à une bourse. J’étais convaincue que mes notes représentaient une promesse d’avenir. Pourtant, une fois cette étape franchie, je me suis retrouvée face à un grand vide. Entre les difficultés du pays et l’absence de véritables structures d’orientation pour la jeunesse, je ne savais plus quelle direction donner à mon avenir.

Cette période de doute m’a profondément marquée. J’avais peur de faire un mauvais choix, de voir mes rêves s’éloigner et de décevoir ceux qui croyaient en moi. Finalement, je n’ai rien entrepris. J’ai pratiquement perdu une année. Pour une jeune fille qui a toujours travaillé sérieusement, cette immobilité forcée fut une épreuve douloureuse.

Dans ce silence, j’ai trouvé quelque chose de précieux : du temps pour réfléchir. J’ai observé Haïti, ses difficultés, mais aussi sa résilience. Cette pause m’a appris que l’éducation ne se limite pas aux salles de classe ni aux diplômes. Nous apprenant également à : réfléchir, nous connaître, trouver la force de continuer lorsque l’avenir paraît incertain...

Si vous étiez présente, je vous demanderais : comment avez-vous réussi à consacrer toute votre vie à Haïti sans en perdre confiance ? Je crois connaître une partie de votre réponse. Vous me diriez que : l’espoir est un choix, le civisme commence dans les gestes les plus simples : respecter les autres, protéger le bien commun, agir avec intégrité... Vous me rappelleriez que : l’éducation n’est pas seulement un moyen d’obtenir un diplôme, mais une manière de transformer une société ; l’amour d’un pays ne dépend pas de sa perfection, mais de notre volonté de le rendre meilleur.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes perdent confiance. Certains abandonnent leurs études. D’autres rêvent uniquement de partir. Je comprends leurs raisons, en refusant de croire que l’avenir d’Haïti se résume au découragement, à l’exil. Le plus grand défi du pays est aussi humain : préserver l’espoir, renforcer la solidarité, reconstruire le sens du bien commun...

Donc, votre vision du civisme, du konbitisme demeure actuelle plus que jamais. Nous enseignant que : aucun progrès durable ne peut être réalisé seul, chaque citoyen porte une part de responsabilité dans la construction d’Haïti... L’éducation doit devenir le moteur de cette transformation, comme moyen de réussite personnelle, mais aussi comme engagement envers la collectivité.

Madame Fombrun, si cette lettre est la fin de notre conversation, je voudrais qu’elle soit une promesse : de ne pas céder au découragement lorsque les difficultés semblent l’emporter sur l’espoir, de servir ma communauté honnêtement et de contribuer à l’édification d’une Haïti plus juste, instruite et solidaire.

Je ne sais pas ce que l’avenir réserve à Haïti, mais aucune nation ne peut avancer sans l’engagement des citoyens, la force éducative, la persévérance juvénile... Alors, les plus belles pages de l’histoire d’Haïti restent encore à écrire.

Je referme cette lettre, en gardant espoir que votre héritage continuera d’éclairer ma génération comme un phare dans la nuit. Vous avez laissé des balises, à la jeunesse de tracer la route. Nous ramasserons le flambeau du civisme que vous avez porté si haut, convaincus que le relèvement d’Haïti se fera par : éducation, civisme, solidarité.

Avec un profond respect, une sincère gratitude, une foi inébranlable en mon pays,

...

FORF-2026-032

Chère Odette,

Ce n'est pas avec un immense plaisir que je vous adresse ces quelques mots, mais avec les larmes d'une âme endolorie par la triste réalité qui épouse le quotidien du peuple haïtien.

Je sais que les morts ne répondent plus, ne parlent plus, et pourtant je ressens la folle envie de vous parler comme on parle à la lune qui ne répond jamais mais qui continue d'éclairer nos pas. Alors je vous écris...

Je ne vous écris pas depuis l'Haïti que vous aviez rêvée, mais d'une Haïti déchirée, divisée. Une Haïti qui saigne dans les cris des mères qui ne savent plus comment nourrir leurs enfants.

Je vous écris d'une Haïti sans espoir pour nous, les citoyens de demain, une Haïti très loin de « Moi, mes droits et mes devoirs ».

Je vous écris d'une Haïti où la musique des projectiles est la douce symphonie qui habite les vingt-quatre heures du peuple. Où les cris remplacent les prières. Où les jeunes apprennent trop tôt à survivre avant même d'apprendre à vivre.

Je me demande ce que vous ressentiriez si vous reveniez parmi nous. Peut-être pleureriez-vous en voyant les écoles fermées, les familles déplacées, les rêves abandonnés au bord des routes poussiéreuses de Port-au-Prince.

En dépit de tout ça, il y a aussi des jeunes, des artistes, des professionnels, des citoyens qui refusent d'abandonner, qui gardent toujours votre esprit KONBIT LAKAY dans leurs réalisations. Grâce à eux, qui portent Haïti dans leur cœur comme une blessure, le pays n'est pas mort, mais il est assez fatigué.

J'aurais aimé vous peindre Haïti sous de plus beaux jours et non sur la toile de notre douleur, mais dommage, pour l'instant, c'est tout ce dont le pinceau a pu tirer comme inspiration de son paysage.

Avec respect, douleur et espérance. ...

FORF-2026-043

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun

Madame Odette Roy Fombrun,

Si je pouvais vous parler aujourd’hui, je ne viendrais pas seulement avec des mots de respect, mais avec le cœur d’un jeune Haïtien qui observe son pays avec autant d’amour que d’inquiétude. Haïti traverse une période difficile, presque comme si elle avait perdu ses repères. Pourtant, malgré tout, je refuse de croire que ce pays est condamné, car je continue de voir battre son cœur dans sa jeunesse, même lorsque celle-ci doute d’elle-même.

C’est précisément pour cela que je m’adresse à vous. Vous avez consacré votre vie à défendre l’éducation, la culture et la formation du citoyen haïtien. Vous avez compris qu’un pays ne se reconstruit ni par le hasard ni par les discours, mais par la transformation profonde des esprits.

Dans mon quotidien, je vois une école haïtienne qui lutte. Une école où l’on apprend souvent sans comprendre, où la réussite semble parfois détachée de la compétence réelle. Je vois aussi des enseignants engagés, mais souvent privés des moyens nécessaires pour accomplir pleinement leur mission. Au milieu de tout cela, des jeunes grandissent avec des rêves plus grands que les structures qui devraient les porter.

Madame, je vois autour de moi des jeunes pleins de potentiel, mais qui manquent d’encadrement, d’opportunités et parfois même d’espoir. Certains abandonnent l’école trop tôt, d’autres perdent confiance en eux, non pas par manque de capacité, mais par manque de soutien. Cela me touche profondément, parce que je sais que nous possédons les ressources humaines nécessaires pour bâtir un autre avenir.

En tant qu’étudiant en diplomatie, j’entends souvent des jeunes répéter une phrase qui me préoccupe : « À quoi bon étudier si, pour obtenir un poste, il faut surtout connaître quelqu’un ? » Beaucoup ont l’impression que les efforts, les compétences et les diplômes ne suffisent plus. Ces paroles finissent parfois par décourager les plus motivés.

Je me souviens d’une conversation avec un étudiant qui doutait de l’utilité de poursuivre ses études. Cette réflexion m’a marqué. Ce jour-là, j’ai compris que le plus grand danger n’est pas seulement la pauvreté matérielle, mais aussi la perte de confiance dans la valeur du travail, de l’éducation et de l’intégrité.

Alors, Madame Fombrun, je voudrais vous poser cette question : comment avez-vous réussi à garder votre foi dans la jeunesse haïtienne malgré les difficultés de votre époque ? Que répondriez-vous aujourd’hui à ceux qui hésitent à croire que leurs études et leurs compétences peuvent encore leur ouvrir des portes ? J’aime penser que vous leur rappelleriez que le véritable changement commence lorsque chacun refuse d’abandonner ses valeurs.

Le plus grave n’est peut-être pas seulement le manque de ressources, mais la fragilisation progressive de l’idée même de citoyenneté. Trop souvent, l’intérêt individuel prend le pas sur le bien commun. Trop souvent, l’on apprend à survivre avant d’apprendre à bâtir.

Mais au-delà des difficultés, je veux aussi vous parler de mes espoirs. Je vois une jeunesse qui n’a pas renoncé. Une jeunesse qui écrit, qui réfléchit, qui crée et qui questionne. Malgré les obstacles, elle continue de croire qu’Haïti peut devenir autre chose que ce qu’elle endure aujourd’hui.

Je rêve d’une Haïti où les jeunes ne sont pas seulement spectateurs de leur réalité, mais acteurs de sa transformation. Une Haïti où l’école forme des esprits critiques, responsables et créatifs. Une Haïti où la solidarité remplace l’indifférence et où la citoyenneté devient une valeur vécue.

Je m’engage, à ma manière, à ne pas rester indifférent. À apprendre, à comprendre, à réfléchir et à agir pour mon pays. Parce que je crois que les grands changements commencent toujours par des consciences individuelles.

Si je pouvais vous parler plus longuement, je vous dirais que votre combat n’est pas terminé. Il continue dans chaque enfant qui apprend à lire, dans chaque enseignant qui persévère et dans chaque jeune qui refuse de céder au découragement.

Je termine cette lettre avec une conviction profonde : Haïti ne se relèvera pas uniquement par des promesses, mais par une reconstruction patiente de la conscience collective. Et cette reconstruction commence toujours par l’éducation, comme vous ne l’avez cessé de le rappeler.

Tant que des jeunes continueront à apprendre, à rêver, à écrire et à espérer, Haïti ne cessera jamais de se relever.

FORF-2026-046

Odette Roy Fombrun : une graine d’espoir pour la renaissance d’Haïti

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun, je ne commencerais pas par un simple « bonjour ». Je commencerais par un grand merci. Un merci rempli de respect, d’admiration et de reconnaissance pour une femme qui a consacré sa vie à aimer Haïti, à croire en son avenir et à transmettre l’espoir à son peuple.

Je m’approcherais d’elle et je lui dirais : « Madame Odette, j’aimerais savoir comment vous avez réussi à garder votre amour pour Haïti malgré toutes les difficultés que notre pays a connues. Comment avez-vous trouvé la force de continuer à croire en notre pays lorsque beaucoup de personnes perdaient confiance ? »

Aujourd’hui, je lui parlerais de notre Haïti, une Haïti riche par son histoire, sa culture et son patrimoine, mais qui traverse aussi des moments difficiles. Je lui dirais que l’insécurité, les problèmes sociaux et les obstacles dans l’éducation touchent beaucoup de familles et de jeunes. Pourtant, malgré ces difficultés, il existe encore des personnes qui gardent l’espoir et qui veulent construire un meilleur avenir.

Je lui parlerais aussi des jeunes qui continuent d’étudier, de ceux qui travaillent chaque jour et de ceux qui croient encore au changement. Je lui dirais que son message sur l’éducation, le civisme et le konbitisme continue d’être important, car Haïti a besoin de citoyens unis et responsables.

Je lui demanderais : « Madame Odette, quel conseil donneriez-vous à la jeunesse haïtienne d’aujourd’hui ? » Je pense qu’elle nous rappellerait que la renaissance d’Haïti commence par chacun de nous. Il faut apprendre, respecter nos valeurs, protéger notre patrimoine et travailler ensemble.

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun, je lui promettrais de faire ma part pour honorer son héritage. Je continuerais à croire que même une petite action peut devenir une grande force pour changer notre pays.

Madame Odette, votre vie est une graine d’espoir que vous avez plantée dans le cœur des Haïtiens. Aujourd’hui, c’est à notre génération de l’arroser pour voir naître une Haïti plus forte, plus unie et plus lumineuse.

Merci d’avoir cru en Haïti. Merci d’avoir aimé notre peuple. Votre héritage restera toujours une inspiration.

FORF-2026-053

Lettre d'espoir à Odette Roy Fombrun

Si je pouvais vous parler aujourd'hui, Madame Odette Roy Fombrun, je ne vous écrirais pas seulement une lettre. Je vous parlerais d'une Haïti qui souffre encore, mais dont les jeunes continuent, malgré tout, de croire en l'avenir. À ceux qui croient cette jeunesse perdue, je réponds qu'elle puise chaque jour la force de surmonter les obstacles pour tracer son chemin avec une résilience inégalée.

Chère Madame Fombrun,

Nous ne nous sommes jamais rencontrées. Pourtant, en écoutant votre intervention à l'émission « À travers », diffusée par Télé Pacifique à l'occasion de votre cent deuxième anniversaire de naissance, j'ai eu l'impression que vous me parliez directement. À travers votre voix, j'ai entendu un immense amour pour Haïti, mais aussi la tristesse d'une mère, d'une femme forte et combattante, qui s'apprêtait à partir sans avoir vu le pays dont elle rêvait. Dans le silence que vous laissez derrière vous, j'ai compris que ce rêve ne vous appartenait plus seulement. Il appartient désormais à notre génération.

Pour commencer, lorsque j'étais à l'Institution du Sacré-Cœur, chaque matin, lors des montées du drapeau, alors que notre pays semblait s'enfoncer dans l'insécurité et que les enlèvements faisaient naître la peur entre les murs de nos écoles, sœur Nadige Jean Charles, notre directrice d'alors, nous rappelait que nous n'étions pas une génération condamnée, mais les futures combattantes d'Haïti. Dans ces moments où l'effroi semblait gagner du terrain, elle nous répétait inlassablement :

« Fière d'être noire. Fière d'être femme. Et surtout fière d'être haïtienne. »

À l'époque, je ne comprenais peut-être pas toute la force de ces mots. Aujourd'hui, ils résonnent en moi autrement. C'est avec cette même force que je choisis de vous écrire.

Pour tout vous dire, Madame Odette, bien avant de découvrir la femme exceptionnelle que vous étiez, j'avais déjà rencontré vos pensées, votre héritage et l'auteure en vous grâce à cette directrice. Vos écrits comptaient parmi les lectures incontournables qu'elle nous confiait à la veille de chaque vacances scolaires. De plus, je prenais plaisir à passer mon temps libre à la bibliothèque de l'école, où je pouvais lire vos ouvrages pendant les récréations ou pendant le renvoi. Sans que je ne le sache encore, vous berciez déjà mon enfance. À travers vos ouvrages, vous m'avez appris que l'éducation et le savoir sont des armes qu'aucune artillerie ne pourra jamais égaler pour transformer une nation.

Les années ont passé, pourtant cet enseignement ne m'a jamais quittée. Mais aujourd'hui, je ne peux vous écrire sans confier mon amertume, ni le désarroi qui m'entourent. Voir tant de vies privées de toit par la violence des gangs armés, le sang qui coule à flots dans nos rues, les universités et les hôpitaux contraints de fermer leurs portes. Je ne saurais comment vous décrire l'émotion qui m'a traversée en voyant mon propre établissement touché par cette vague de terreur. C'est comme voir une partie de mon avenir disparaître.

Ce jour-là, je me suis demandé ce qu'il restait d'une nation lorsque les lieux où les jeunes devraient apprendre, grandir et rêver deviennent eux-mêmes marqués par la peur et l'insécurité. Vous avez écrit que « l'éducation est la clé du développement d'Haïti ». Comment notre pays peut-il avancer lorsqu'il laisse s'effondrer son pilier le plus sacré : l'éducation ? Comment accepter de voir des familles perdre leur foyer, leurs souvenirs et le fruit de toute une vie à cause d'une violence aveugle ? Comment tolérer qu'elles soient arrachées à tout ce qu'elles ont construit pour chercher ailleurs une sécurité devenue introuvable chez elles ? Comment ?

Face à ce chaos, je m'accroche à cette phrase qui m'a le plus marquée dans votre intervention, celle où vous avez parlé du konbitisme :

« Pour sauver Haïti, il est indispensable de se mettre ensemble. Il n'y a donc qu'une voie : le Konbitisme. »

Cette pensée m'accompagne, car je porte en moi l'espoir d'une Haïti où toutes les forces vives de la nation s'unissent dans un même élan. Je rêve d'un grand « konbit » national où chacun apportera sa pierre : l'enseignant devient un bâtisseur d'esprits, la jeunesse ose créer et entreprendre, les dirigeants placent le service de la nation au-dessus des intérêts personnels, et où chaque citoyen comprend que son engagement, même à petite échelle, contribue à l'avenir du pays, comme nous le rappelle notre devise : « L'Union fait la force. »

Moi, Gladlie François, étudiante à l'Université d'État d'Haïti, je choisis de croire que notre terre peut encore renaître. Une certitude m'habite au plus profond de mon être : j'ai une mission à accomplir. Je veux mettre ma voix, mes études, mes compétences et mes ambitions au service d'Haïti, de mon cher Alma Mater. Je rêve d'évoluer dans la communication, les sciences politiques et les relations internationales afin de rassembler, d'inspirer et de projeter une autre image de notre nation : celle d'un peuple fier, capable de se relever.

C'est pourquoi je fais le choix de l'engagement. Je m'engage à être une citoyenne honnête et responsable, à servir avec intégrité, à favoriser le dialogue plutôt que la division, à mettre mes connaissances au service du bien commun et à porter l'indéfectible espoir qu'Haïti mérite un avenir meilleur. Je m'engage à faire vivre les valeurs que vous nous avez léguées, car le changement que nous attendons commence d'abord par chacun de nous.

On dit qu'une personne meurt vraiment quand on l'oublie, quand ses rêves et ses convictions disparaissent. Alors, chère Odette Roy Fombrun, sachez que vous avez vaincu la mort, car nous sommes nombreux à porter en nous ce que vous avez été. Et je vous fais cette promesse solennelle : nous ne laisserons pas tomber vos rêves. Nous les porterons ensemble, dans nos actions et dans nos prières, jusqu'au jour où Haïti redeviendra cette terre de liberté, d'égalité et de fraternité que vous avez tant aimée.

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FORF-2026-054

À une immortelle

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun, je lui dirais…

Chère Odette Roy Fombrun,

Je n’ai pas eu la chance de vous regarder en face lors de votre si long et inspirant parcours ici-bas. Pourtant, je vous ai connue dès ma classe de septième année, dans le calme d’une bibliothèque de la ville des Gonaïves. Alors que je cherchais sans cesse Les arbres musiciens pour esquisser une danse imaginaire avec Jacques Stephen Alexis, mes mains ont croisé vos œuvres : Kololo, Grand émoi à l’école, Coup double ou Vacances Lakay. C’est là, au milieu des livres, que notre rencontre a commencé.

C’est du haut des cieux de la mémoire que tout s’anime, là où le temps s’efface devant la grandeur des histoires. Je vous imagine encore, le visage collé au hublot de l'avion, vos yeux dévorant avec une ferveur douloureuse la large baie de Montrouis, au nord de Port-au-Prince, qui se dessinait sous les ailes du temps perdu. Après quatorze années d’un exil volontaire sur la terre d’Afrique, vous reveniez enfin chez vous. À travers vos récits, vous m’aviez inculqué de précieuses notions sur la période des Duvalier. Merci ! Dès ce retour, sous vos yeux émus, s'étalent les mornes majestueux de l'Hôpital et Port-au-Prince, votre ville natale accablée sous un soleil de plomb.

À travers votre chef-d'œuvre révisé, Ma Vie en quatre temps, et vos volumes historiques sur Saint-Domingue, vous semez des graines d’étincelle. Apprises toute petite, elles m'ont poussée à entrer un jour à Port-au-Prince, en vain, pour vous poser cette question suspendue : Comment faut-il bien raconter l’histoire aux enfants ? Pour guider nos pas, vous offrez le manuel Gid pou Timoun / Konbit Ayiti Pwòp, tandis que dès mon secondaire, vous concevez la Morale civique et éducation à la citoyenneté.

Votre encre continue de faire battre le cœur de notre jeunesse en tressant le mystère à l'enseignement civique, éveillant les consciences par le charme de l'intrigue. La disparition soudaine de Sissi, lors de son somptueux bal costumé de neuf ans, jette un voile d'angoisse sur ses parents. Aux côtés du détective Bertholo et de l’intrépide Pipo, le jeune lecteur devient un chercheur de vérité. Derrière cette disparition se cache une leçon : vous apprenez aux enfants à affronter l'inconnu avec courage et à dépasser les fausses apparences de la richesse.

Votre plume se fait plus proche des réalités de notre peuple. Le policier Bertholo et son filleul Pipo font face à deux injustices entremêlées : le vol de Mimose, la courageuse marchande de trottoir, et le kidnapping de Sita, la jeune pharmacienne. Heureusement, l'audacieuse guérisseuse Madame Dorilas apporte sa force à cette quête. Par ce récit vibrant, vous transmettez un message profond sur l'égalité, la justice et la nécessité de protéger les plus faibles.

En nous inculquant des valeurs de l'amour du terroir, vous ouvrez grand les portes de la joie pure. En suivant Rosette, Bouboule et Anna à la campagne, nous partageons le bonheur des plongeons dans la rivière, malgré les vilains tours de Bobi le taquin. Le cœur de l'histoire bat surtout au rythme d'un véritable konbit traditionnel. C’est une leçon d'éducation civique qui apprend aux jeunes à aimer leur terre natale, à respecter la paysannerie et à comprendre la force de l’union.

Vous nous apprenez l'honnêteté en communauté. L’intrigue pénètre l'enceinte de la classe. Le vol de « la caisse de la foire », cet argent économisé au prix de sacrifices pour un projet commun, sème le doute entre les élèves. Mais, grâce au travail d'équipe de Pipo, de son camarade et de l'infaillible détective Bertholo, le coupable est démasqué. Vous livrez un message essentiel sur l'honnêteté, le respect du bien public et le refus des accusations injustes.

Chère Odette, le dénouement de vos histoires converge vers une même lumière : l'espoir en la jeunesse. En refermant vos livres, les lecteurs comprennent que chaque mystère résolu par Pipo et Bertholo est une victoire de la justice sur le chaos. Vous avez semé des valeurs d'entraide, d'intégrité et de civisme.

Merci d'avoir été cette éducatrice éternelle qui, par des mots simples et des personnages inoubliables, continue de guider Haïti vers un avenir plus juste et solidaire.

FORF-2026-058

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun…

Chère Madame Odette Roy Fombrun,

Si je pouvais vous parler aujourd’hui, je commencerais par vous dire merci. Merci pour votre vie consacrée à l’éducation, à la culture civique et à la construction d’une conscience nationale haïtienne. En tant que jeune étudiante, je me sens profondément interpellée par votre héritage, car il rejoint ce que j’essaie moi-même de comprendre et de construire à travers mes études.

Je suis une jeune étudiante haïtienne en philosophie et en sciences juridiques. Ces deux disciplines m’apprennent chaque jour à penser la justice, la liberté, le rôle de l’État et la responsabilité du citoyen. Pourtant, cette réflexion théorique se heurte souvent à la réalité de mon pays. Haïti traverse une période difficile où l’insécurité, la fragilité des institutions et les inégalités sociales rendent l’avenir incertain pour beaucoup de jeunes. Dans ce contexte, il est parfois tentant de céder au découragement. Autour de moi, je vois des rêves interrompus, des projets abandonnés et une jeunesse qui doute de sa place dans son propre pays. Mais malgré tout, je choisis de rester dans la réflexion et dans l’engagement. Les formations que j’ai suivies en communication, en leadership et en développement personnel, ainsi que mon implication dans la jeunesse de mon église m’ont appris qu’un changement commence toujours par une prise de conscience individuelle.

Si je pouvais vous parler, je vous demanderais comment continuer à croire en un pays qui semble parfois se défaire sous nos yeux. Mais je crois déjà connaître votre réponse : vous nous rappelleriez que le civisme n’est pas un discours, mais une pratique quotidienne. Respecter la loi, agir avec honnêteté, s’impliquer dans sa communauté, éduquer les autres par l’exemple, voilà les fondements d’une nation solide.

Je voudrais aussi vous partager une préoccupation qui me tient à cœur : l’éducation. Trop de jeunes Haïtiens n’ont pas accès à une formation de qualité, alors même que l’éducation est la clé de toute transformation durable. Sans elle, il devient difficile de développer l’esprit critique, de comprendre les enjeux de la société et de participer activement à la vie démocratique. Pourtant, je garde espoir. Dans ma génération, je rencontre aussi des jeunes engagés, créatifs et solidaires. Certains s’impliquent dans des initiatives communautaires, d’autres dans des projets de sensibilisation ou d’entraide. Ces gestes, même modestes, montrent qu’une autre Haïti est possible.

Madame Fombrun, si je pouvais vous parler encore, je vous dirais que je refuse de croire que notre pays est condamné. Je crois au potentiel humain d’Haïti, à sa richesse culturelle, et surtout à sa jeunesse. Mais ce potentiel a besoin d’être accompagné, structuré et valorisé. Je m’engage personnellement à poursuivre ce chemin de responsabilité. À travers mes études en philosophie et en droit, je veux contribuer à une meilleure compréhension des droits, de la justice et du rôle du citoyen. À travers mon engagement communautaire, je veux participer à l’éveil de la conscience collective.

Je rêve d’une Haïti où les jeunes n’auront plus à choisir entre partir et espérer, mais pourront construire leur avenir ici. Une Haïti où l’éducation, la solidarité et le respect des institutions ne seront pas des idéaux lointains, mais des réalités vécues. Si je pouvais vous parler aujourd’hui, je vous dirais que votre combat continue à travers nous, même dans nos fragilités, même dans nos doutes. Et je vous promets, à mon niveau, de ne pas laisser ce rêve s’éteindre.

Avec respect et reconnaissance,

FORF-2026-059

Lettre d’une étudiante à Madame Odette Roy Fombrun

« Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun… »

Madame Fombrun,

Si je pouvais vous parler aujourd'hui, je commencerais par le silence. Ce silence empreint de respect que l'on réserve aux grandes âmes, à celles qui ont su contempler l'horizon lorsque leurs contemporains gardaient les yeux rivés sur l'instant. Puis, doucement, une question s'imposerait et brûlerait en moi : que diriez-vous si vous découvriez Haïti aujourd'hui, ce pays que vous avez tant aimé, si fidèlement servi et auquel vous avez consacré toute votre vie ?

Si vous traversiez le Bicentenaire, Madame, un vertige douloureux vous saisirait. Vous qui plaidiez sans relâche pour le recyclage des déchets et la protection de notre environnement, vous découvririez un paysage où les ordures débordent des rues, tandis que ceux qui devraient agir semblent s'être résignés à les contempler.

Vous reconnaîtriez sans doute, derrière ce désordre, les ravages de l'irresponsabilité et l'effacement du sens du bien commun. Vous qui avez consacré votre existence à éveiller les consciences, à enseigner la propreté, la discipline et le civisme, vous mesureriez combien ces valeurs se sont effritées.

Aujourd'hui, pourtant, les déchets ne sont plus notre plus grande inquiétude. Nos véritables ordures ont pris chair et parcourent les rues. Elles tuent, violent, incendient, enlèvent, contraignent des familles entières à abandonner leurs maisons. Pendant ce temps, ceux qui siègent au sommet de l'État s'en lavent les mains, au point qu'une ancienne ministre de la Justice a pu qualifier certaines zones de « territoires perdus ».

Les forces de l'ordre ne semblent maintenir l'ordre qu'à l'intérieur de l'Académie de police. À l'extérieur, les citoyens vivent sous la menace permanente des enlèvements, des exécutions et des violences. Quant aux « territoires perdus », ils demeurent livrés aux ténèbres, abandonnés à la loi des gangs.

Le Palais de justice, symbole même de l'État de droit, est désormais tombé sous leur contrôle. Vous qui avez défendu l'éducation, la citoyenneté et le respect des institutions, vous seriez profondément bouleversée de voir votre terre ainsi dépouillée de ses fondements. Car lorsqu'un peuple perd sa justice, c'est sa démocratie qui vacille. La conclusion s'impose d'elle-même : sans palais, il n'y a plus de justice.

Comme si cela ne suffisait pas, plus d'une centaine de personnes âgées ont été massacrées à Wharf Jérémie sur l'ordre d'un chef de gang. Depuis, les familles attendent. Tantôt on leur répond que « l'enquête se poursuit », tantôt que « la justice suit son cours ». Mais les morts, eux, ne reviennent jamais.

Madame Fombrun, retenez vos larmes. Vous n'êtes pas la seule à pleurer ce pays. Moi aussi, j'ai honte lorsque je songe à tout ce que vous avez bâti pour l'éducation des filles et des fils d'Haïti. Les jeunes lisent de moins en moins. Vos ouvrages Nous, les citoyens de demain et Moi et mon pays disparaissent peu à peu des salles de classe, comme si former des citoyens était devenu une préoccupation secondaire.

Depuis l'assassinat de notre président, aucune élection n'a été organisée. Pourtant, notre Constitution proclame qu'Haïti est une République démocratique et souveraine. Nous demeurons enfermés dans une transition qui semble ne jamais devoir finir. Cette année est certes annoncée comme une année électorale, mais le peuple attend toujours le signal des « amis de l'international ». Pour l'instant, notre souveraineté ressemble davantage à une promesse qu'à une réalité.

Et pourtant... au milieu de cette obscurité, quelques lumières refusent de s'éteindre. Haïti s'est qualifiée pour une Coupe du monde après cinquante-deux années d'absence. Melchie Dumornay a été sacrée meilleure joueuse de la saison en Arkema Première Ligue. Abigaïl Alexandre fait rayonner notre bicolore sur la scène internationale. Ces victoires nous rappellent qu'au cœur même des ruines, l'espérance continue de germer.

In fine, si je pouvais vous parler aujourd'hui, Odette Roy Fombrun, je vous dirais que votre combat n'a pas été vain. Malgré les blessures de notre nation, nous refusons de laisser s'éteindre la flamme que vous avez allumée dans le cœur de cette jeunesse en quête de savoir. Nous poursuivrons le chemin que vous avez tracé avec courage, patience et conviction.

Et je garde la certitude qu'un jour viendra où nous pourrons enfin proclamer, sans peur, avec fierté et d'une seule voix :

Nous sommes Haïtiens !

FORF-2026-110

Sous le Ciel des Possibles

La pluie tombait doucement sur Port-au-Prince lorsque je poussai la porte de la bibliothèque de la Fondation Odette Roy Fombrun.

Je marchais entre les étagères lorsqu'un ouvrage glissa sur le sol. En me penchant, j'entendis une voix derrière moi.

— Les réponses que tu cherches ne sont pas toujours dans les livres.

Je me retournai. Une femme aux cheveux blancs me regardait. Je reconnus Odette Roy Fombrun.

— Vous... vous êtes vraiment Madame Fombrun ?

Elle rit doucement.

— Appelle-moi Odette. Viens t'asseoir.

Je m'assis. La pluie tambourinait contre les vitres.

— Je lis vos écrits depuis des années. Vous dites que l'éducation doit former des citoyens conscients de leurs droits mais surtout de leurs devoirs.

— Et tu crois que c'est ce qui se passe dans les écoles ?

Je baissai les yeux.

Dans mon quartier, les enfants récitent des leçons qu'ils ne comprennent pas. Les professeurs ne sont pas payés. L'école n'éveille plus personne.

— Alors tu as compris. On ne peut pas bâtir une nation avec des têtes pleines mais des cœurs vides de civisme. L'école n'est pas un lieu de mémorisation aveugle. C'est un espace d'éveil, de créativité et de solidarité.

— Pour éveiller les autres, il faut s'éveiller soi-même. Tu es éveillée ?

— Je vois tellement d'injustices que parfois, j'ai envie de fermer les yeux.

— Fermer les yeux, c'est devenir un cœur vide. Toi, tu es venue jusqu'ici. C'est déjà un acte de civisme.

Je murmurai :

— Mais certains de mes frères n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Ils ont grandi dans des rues où l'horizon s'arrêtait au prochain barrage. Ils rejoignent les gangs. Non parce qu'ils sont nés criminels, mais parce qu'ils ont appris que la violence était la seule voie.

Odette ferma les yeux.

— Je sais. Ça me brise le cœur.

Elle rouvrit les yeux.

— Si l'ignorance explique le chemin, elle n'excuse pas la destination. L'éducation donne une carte. Mais c'est à toi de choisir ta route. Le véritable civisme, c'est refuser d'être un outil de destruction.

Je sentis mes yeux brûler.

— Mais on nous regarde comme si on était le problème. Les adultes disent que ma génération est perdue, violente, sans valeurs.

— On a toujours peur de ce qu'on ne comprend pas. Ils ont peur de votre colère parce qu'ils ne savent pas d'où elle vient. Mais toi, tu sais. Elle vient de l'école qu'on ne vous a pas donnée. Du pays qu'on vous a volé.

— Être diabolisé n'est pas une fatalité. C'est une épreuve. La génération qu'on méprise a le pouvoir de prouver qu'on avait tort. La vraie force, ce n'est pas de crier sa colère. C'est de construire, en silence.

— Alors vous croyez qu'on peut vraiment y arriver ?

— Je le sais. Le konbit ne demande pas de héros. Il demande des gens ordinaires qui décident de faire ensemble ce qu'ils ne peuvent pas faire seuls.

Elle me regarda longuement, comme si elle voyait au-delà de mes mots.

— Et toi, Dalanne, quel est ton rêve ?

La question me surprit.

— J'écris.

— Tu écris ?

— Oui. J'essaie de raconter ma génération. Celle qui grandit entre les ruines et les possibles.

Un sourire illumina son visage.

— Alors continue. Les nations se construisent avec des écoles, mais aussi avec des histoires. Les jeunes ont besoin de se reconnaître dans des rêves plus grands qu'eux.

Elle se dirigea vers la porte. La pluie s'était arrêtée.

— Souviens-toi. On nous a donné du poisson sans nous apprendre à pêcher. Mais vous, vous avez décidé d'apprendre.

Elle ouvrit la porte. La lumière du soir inonda la pièce. Elle disparut.


Lorsque je me réveillai, Madame Fombrun n'était plus là.

J'étais assise sur une chaise en bois. Le livre que j'avais ramassé était ouvert sur mes genoux. Ses mots résonnaient sous le ciel des possibles.

Je regardai par la fenêtre. La pluie avait cessé. Port-au-Prince s'étendait avec ses ruines et ses lumières qui s'allumaient.

Alors j'ai compris que l'espoir n'était pas une attente.

C'était une responsabilité.

Je refermai le livre, me levai et sortis.

Dehors, le ciel s'ouvrait.